Concours « Je bouquine » 2013

Concours « Je bouquine » 2013

Les élèves de la classe de 5Z  encadrés par Madame Vidot et Madame Thouvenin se sont lancés dans l'écriture d'une nouvelle dont le début a été proposé par le  romancier Olivier Adam dans la revue "Je bouquine". Inspirés par le titre "Les Courants Invisibles", nos écrivains en herbe nous entraînent dans une aventure bien inattendue entre rêve et réalité où deux adolescents vont peut-être se rapprocher.

Ils étaient donc en lice pour l'obtention, au niveau national, d'un prix décerné par un jury composé de l'auteur et des journalistes de la revue.

Leur travail a été récompensé par un douzième prix sur une cinquantaine de textes retenus.

 

 

Voici le texte de départ, signé Olivier Adam :

LES COURANTS INVISIBLES

_Léa était assise juste devant moi. Elle dormait. Comme tout le monde à part moi. Je ne voulais pas en perdre une miette. Ses cheveux. Sa tête penchée sur son épaule. Elle ronflait un peu. Qu’une fille comme Léa puisse ronfler ainsi m’a ému, sans que je sache au fond pourquoi.

Le trajet a duré plus de deux heures. Je crois que c’est le moment que je préfère dans les sorties. Le bus ronronne. Je mets mon casque et, par-dessus la musique, me parvient le bruit des autres, leur brouhaha léger, cotonneux. Je rêve à la journée qui s’annonce. Je ne pense pas à l’endroit qu’on nous emmène visiter. Ni à ce que nous en diront le prof et les guides. Non, je pense à tout le reste. A ce qui va vraiment se passer. A Léa qui, à un moment, dans les allées du musée, dans les rues d’une ville ancienne, s’arrêtera pour refaire ses lacets, se laissera décrocher, et se retrouvera près de moi, me sourira, et marchera un peu à mes côtés. Ou bien je rêve à la journée qui s’achève, à tout ce qui ne s’est pas passé, à toutes les occasions manquées : les gestes que je n’ai pas osé faire, les mots que je n’ai pas su dire. Quand nous sommes descendus du bus, la brume enveloppait la mer, nimbait la ville d’un drap fantomatique. Tout le monde était un peu endormi. Pas moi. Je connaissais cet endroit par cœur. Au moindre rayon de soleil, les samedis, les dimanches, papa nous réveillait aux aurores et nous embarquait pour une grande journée à la mer. Deux heures de route et le soleil se levait sur l’eau émeraude. Maman n’était jamais aussi heureuse que ces jours- là. C’est peut être pour ça que j’aimais tant cet endroit. A cause du visage souriant de maman quand elle regardait la mer. Mais ce matin-là, avec ma classe, c’était comme un autre lieu. Une autre ville. Une autre mer. Les odeurs, la lumière : tout me paraissait différent. Peut-être parce que je ne pouvais pas m’empêcher de regarder avec les yeux des autres, de me demander ce qu’ils pouvaient ressentir en découvrant ce paysage pour la première fois. Les remparts par-dessous la mer agitée. Les îles au large. La côte qui se découpait en dentelle et fuyait vers l’ouest. Le sable doré où se plantaient les brise-lames. Le château et les ruelles pavées. Pour la plupart, je crois surtout qu’ils n’en avaient rien à faire. ils étaient trop occupés à ricaner, à s’envoyer des vannes, à regarder leurs téléphones portables .Le monde  tenait sur un écran. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que ça ne faisait pas grand, à coté de tout ce ciel, cet océan. 

La prof nous a présenté la guide et la promenade a débuté. Après l’inévitable tour des remparts nous sommes descendus sur la plage pour pique-niquer. C’était déjà le début de l’après- midi. La brume s’était levée  depuis longtemps. La mer était basse et n’allait pas tarder à entamer sa remontée. C’était tellement étrange d’être là , sur cette plage que j’aimais plus que n’importe quel endroit en ce monde, qui était un peu mon secret, et de le partager avec Léa, même si elle m’ignorait. Enzo a râlé que ça puait à cause des algues. Johanna a ajouté que c’était moche, en plus, avec la mer retirée au loin, laissant à nu des récifs, des amas de roches où s’accrochaient des herbes rousses et vertes. J’ai pensé à papa. Selon lui, il existait deux catégories de personnes : ceux qui n’aiment que la marée haute, et les autres, les poètes, les sensibles, les tourmentés, qui préfèrent la marée basse. Je vous laisse deviner dans quel camp nous nous situons maman et moi. Je me suis assis un peu plus à l’écart et j’ai mis mon casque sur les oreilles.Après le repas, nous avons  marché au milieu du sable humide jusqu'à l’île où reposait un écrivain célèbre, qui avait vécu là et demandé à être enterré face au large. On ne pouvait y accéder qu’une fois la mer en allée. Autour de nous, des aigrettes blanches marchaient à pas de danseuses dans les flaques d’eau. Nous avons gagné le sommet de l’île.les autres soupiraient. Ils en avaient  assez de marcher. Et puis il n’y avait rien à voir .juste de l’eau.  Des rochers et cette stupide tombe. Ils ont fait demi-tour et se sont dirigés vers la plage. Je ne les ai pas suivis. Au contraire. J’ai pris le chemin qui descendait  vers la mer. Personne n’a fait attention à moi. Du moins, c’est ce que j’ai cru. Arrivé au pied de l’ile, à quelques mètres de l’eau seulement, j’ai commencé à en faire le tour. A mes pieds, entre les rochers, dans les flaques, se pressaient les anémones de mer. J’entendais grouiller les crabes. Je n’étais plus très loin du but. De l’autre côté d’une petite pointe rocheuse, à l’abri du vent, des centaines d’oiseaux nichaient à flanc de falaise. Des goélands, des sternes, des cormorans, des huîtriers .

-Où vas-tu ? 

Je me suis retourné. C’était Léa. Mes jambes se sont mises à trembler. Je ne sais pas ce qu’elle faisait là. Pourquoi elle n’était pas avec les autres ? Elle m’a répondu que la prof l’avait envoyée me chercher. La mer remontait, il ne fallait pas tarder. J’ai regardé l’heure, j’ai haussé les épaules . D’après mes calculs il me restait un peu de temps .

-OK . J’arrive. J’en ai pour deux minutes, ai-je dit.

J’ai repris mon chemin vers les oiseaux .

-Tu m’as pas répondu. Où tu vas?

-Suis-moi. Tu verras bien.

A ma grande surprise, elle s’est exécutée . Mon cœur battait jusque dans mes doigts . Je lui ai fait signe de ne surtout pas faire de bruit.  On s’est planqués derrière un rocher.

Et voici maintenant le texte des 5Z :

 

Partager ma passion avec Léa réveillait en moi des souvenirs d’enfance. J'admirais les oiseaux virevolter autour de leur nid lorsque Léa m’a interpellé :

« Martin, je crois qu'il faudrait…

-Chut !tu risques de les effrayer !

-Mais … »

J'ai remarqué l’air alerté de Léa , et renonçant à mon observation des oiseaux, je lui ai demandé ce qui la tracassait ainsi :

« Regarde » dit-elle , tremblante

J’ai détourné le regard vers l’endroit désigné par Léa. J’ai alors découvert que l’immense étendue de sable avait fait place à la montée des eaux . Le bus s’éloignait peu à peu, ignorant notre absence. Léa paniquait . Dans l’espoir de la rassurer ,je lui ai signalé la présence d’une bouteille que je venais d’apercevoir. A sa vue , elle s’est précipitée vers elle .Une fois la bouteille en sa possession un curieux mécanisme s’est activé et Léa s’est engouffrée dans l’eau . J’ai plongé à sa suite ,apeuré à la pensée de ne jamais la revoir . J’ai agrippé sa main de toutes mes forces,mais malgré mes efforts, j’ai été entraîné avec elle . La dernière vision qui m’est apparue à l’esprit a été celle d’une vague me submergeant de la tête aux pieds.

Lorsque j’ai ouvert les yeux, les récents évènements me sont revenus en mémoire. J’avais perdu de vue Léa. Autour de moi, le strict nécessaire de survie était disposé de part et d’autre d’une petite pièce sombre. Cela ne m’inspirait pas confiance. A peine ai-je eu le temps de reprendre mon souffle qu’une silhouette masculine surgissait de l’ombre et s’imposait face à moi. Elle m’a pris par le col et m’a soulevé de façon à m’observer de plus près. Elle a écarquillé les yeux, et après m’avoir posé au sol, m’a pris par le bras et m’a emmené dans la pièce voisine. Léa y était assise, rassurée de me voir arriver. L’homme m’a fait asseoir à ses côtés, a levé les bras au ciel et nous a souhaité la bienvenue :

« Bonjour les enfants ! A voir vos têtes, je pense qu’une petite présentation s’impose, n’est-ce-pas ? Mon nom est Stevenson, et je…

-Stevenson, le poète écrivain ? Vous n’étiez pas censé avoir été enterré il y a des années ?

 

-Hélas si, mes enfants. Mais la vérité est que tout cela est à cause de mon satané frère qui m’a enfermé ici depuis des années. Personne ne s’est soucié de savoir si j’étais vraiment mort. Par cette action, il espérait hériter de ma fortune car il n’avait que haine et jalousie envers moi. »

Léa qui, jusqu’ici, n’avait pas dit mot, a interpellé le poète :

« Mais où sommes nous ? »

Il a désigné une lucarne dans le plafond d’où l’on ne voyait rien d’autre qu’un épais voile d’eau.

« Nous sommes dans les abysses, dans les profondeurs de l’océan.

-Comment sommes-nous arrivés ici ?

-Eh bien, il se trouve que j’ai inventé un procédé semblable à la pêche, la bouteille jouant le rôle de l’appât. Lorsqu’une personne l’attrape, la corde émet des vibrations, me permettant ainsi de tracter la personne jusqu’ici. Je vais solliciter votre aide pour remonter à la surface. Auparavant,j’ai mis au point un moyen d’y remonter sans encombre. Il  s’agit là d’un tunnel débouchant à l’air libre. Vous n’aurez pas besoin d’explications supplémentaires étant donné que nous allons le tester sur le champ. »

Stevenson a pris le tube et l’a placé au centre de la pièce avec notre aide. Léa et moi avons alors remarqué qu’il débouchait sur la trappe d’un bateau ; nous nous sommes glissés à l’intérieur et avons été propulsés vers cette trappe. Stevenson nous observait d’en bas et nous faisait un petit signe d’encouragement. Nous sommes arrivés devant une petite porte close dans l’embarcation . Léa et moi avons essayé d’ouvrir la porte , lorsque celle-ci a craqué sous nos coups de pieds . En entrant , nous avons découvert un homme accoudé à une table, l’air pensif, une carte marine étalée face à lui . Lorsqu’il nous a aperçus, il a éclaté d’un petit rire strident . Ses traits m’étaient familiers,mais c’est son sourire qui m’a rappelé sa ressemblance avec…

« Vous êtes le fameux frère de Stevenson ? Ai-je crié malgré moi. Il a paru étonné de la question, puis son visage s’est crispé, laissant paraitre une expression de méfiance :

-Et vous êtes... ?

-Venus vous arrêter ! s’est écriée Léa avant que je n’aie pu dire quoi que ce soit.

-M’arrêter ? Moi, le capitaine des  "courants invisibles?" a-t-il dit en riant.

A cet instant , une voix rauque m’a surpris :

« Martin ! Hé ho, Martin, on est arrivés ! »

J’ai ouvert les yeux. J’étais seul dans le bus, le prof en face de moi. Il me faisait signe de me réveiller, poings sur les hanches. J’ai cligné des yeux plusieurs fois avant de me rendre compte que ce n’était qu’un rêve. Dehors, les autres ricanaient en m’attendant. Je les ai rejoints, puis j’ai adressé un sourire timide à Léa. Elle me l’a rendu.

Finalement tout cela n’était peut-être pas qu’un simple rêve...                                  

 

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